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Chaque 23 avril, le monde célèbre le talent et le savoir-faire des écrivains. Le livre, étant un pont essentiel entre les cultures et les générations, se consomme timidement à Bukavu. Méconnus du grand public, les auteurs locaux peinent à vivre de leur art et ne jouissent que rarement des droits liés aux œuvres d’esprit.

Le droit d’auteur se décline en deux catégories principales permettant à l’écrivain de percevoir des revenus sur chaque unité vendue ou réutilisée. Toutefois, comme le souligne Désiré Kabale, directeur de la Librairie des Livres des Grands Lacs, cette protection nécessite impérativement une reconnaissance de l’auteur auprès de la Bibliothèque Nationale.

Parmi ces prérogatives figurent les droits moraux et le droit de paternité. Ces derniers stipulent que tout propos tiré d’une œuvre littéraire exige la citation explicite de son auteur, par respect pour son travail et son attribution intellectuelle. Par ailleurs, ces droits imposent une autorisation écrite préalable pour toute duplication d’une œuvre, constituant ainsi un véritable bouclier juridique pour la protection des créations.

Le processus de rémunération

La perception des droits s’effectue via la Société Congolaise des Droits d’Auteurs (SOCODA). Elle crée à cet effet un lien direct entre le lecteur et le créateur. Ces fonds recueillis par la Socoda  proviennent de l’achat physique de l’ouvrage, le Prêt Numérique en Bibliothèque (PNB), les frais d’abonnement, ou encore les autorisations de photocopie, garantissant ainsi le respect de la chaîne du livre.

« Pour qu’une œuvre soit défendable, il faut un dépôt légal qui est comme un certificat livré par la bibliothèque Nationale du Congo qui donne un numéro de dépôt légal. Vu que le livre est une œuvre collective dans la chaine du livre, ce numéro permet à l’auteur d’obtenir les frais de la Socoda et de garantir l’existence officielle de l’ouvrage », renchérit Désiré Kabale.

Une réalité frappante à Bukavu

Dans le chef-lieu du Sud-Kivu, le constat amer retrace le manque de respect du droit d’auteur. Désiré Kabale fustige notamment la duplication massive et illégale d’ouvrages au sein de quelques établissements scolaires, étant une pratique qui piétine la réalisation des créateurs d’œuvres.

Pour le poète et écrivain Faustin Mulirhi, les défis sont multiples. Il évoque les lourdes relations entre auteur et maison d’édition, le problème de distribution et celui de commercialisation. A ceci, s’ajoute  promotion de la lecture dans le chef de la population. Pour lui, les contraintes économiques et sociales freinent la consommation littéraire locale : « Pour lire un livre, il faut l’acheter. Et le pouvoir d’achat en limite l’accès pour la population. Aussi la culture de la lecture n’est pas dans la ville. On peut également voir les charges quotidiennes puisqu’un ventre vide ne peut pas se mettre à lire et comme la lecture est un loisir, l’on doit d’abord finaliser les besoins de base, pour y plonger » pense-t-il.

Face à cette situation, Désiré Kabale lance un appel de respect de droit d’auteur, car dit-il c’est permettre à l’écrivain de vivre dignement et contribuer, concrètement, à l’épanouissement du secteur littéraire de Bukavu.

Kathia AMINA

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