Certaines pratiques culturelles exigées des femmes du Bushi ne sont plus totalement respectées par la génération actuelle. Cette perte progressive des normes traditionnelles inquiète les gardiens de cette culture issue du Sud-Kivu, en République démocratique du Congo. Selon eux, la méconnaissance ou la négligence de ces rituels fragilise la cohésion, l’équilibre spirituel et l’identité communautaire.
Monsieur Paulin Mutembezi, l’un des gardiens de ces coutumes, confirme que plusieurs signes de désordre seraient aujourd’hui perceptibles dans la communauté, en raison de l’abandon de ces valeurs au profit du modernisme.
Des rituels porteurs de sens spirituel et social
Parmi ces pratiques, il cite l’exigence pour une veuve de rester chez elle après l’annonce du décès, ce qui exprimait autrefois son deuil, sa douleur et son attachement au défunt.
Pour lui, le fait de sortir ou de mener une vie normale pendant cette période prouverait un manque de compassion.
Il insiste également sur le respect du jour spécial de nettoyage, marquant la fin de la période d’épreuve.
« Ce jour doit être respecté par la famille et les proches. Il marque la purification et permet d’éviter des influences néfastes liées au non-respect des conduites traditionnelles. Une femme en période menstruelle, par exemple, doit se purifier discrètement avant de participer au bain rituel », explique-t-il.
Selon Mutembezi, le non-respect de ces règles montre une désobéissance aux anciens et provoque une reprise désordonnée des activités, au détriment des valeurs familiales et communautaires.
Le rôle de l’eau, des bains rituels et du symbolisme
Le conservateur rappelle également l’importance du bain rituel pratiqué par le veuf ou la veuve dans la rivière. Dans certains milieux, il est encore recommandé que le premier bain soit pris en compagnie d’un partenaire direct, comme cela se faisait autrefois.
Il évoque également le geste traditionnel consistant à se coucher à terre près du corps du défunt, un acte symbolisant la protection, la gratitude et le lien profond qui relie la personne au disparu.
Des obligations strictes qui concernent aussi la vie affective
Certaines règles s’étendent même aux relations amoureuses. Le conservateur cite par exemple l’interdiction pour une veuve de couper ses cheveux ou d’entretenir une relation amoureuse jusqu’à la fin du temps de deuil fixé par la coutume.
« Il est désolant de constater que la plupart des femmes violent ces valeurs traditionnelles, souvent par ignorance. J’appelle les jeunes à s’imprégner de leur culture pour mieux préserver l’harmonie et la sagesse qu’elle apporte », martèle Mutembezi.
Préserver la culture, transmettre les valeurs
Pour les gardiens des traditions du Bushi, il est essentiel que les femmes connaissent et respectent les normes exigées durant les rituels funéraires afin d’éviter les sanctions spirituelles et les conséquences sociales perçues comme néfastes.
Ce conservateur recommande ainsi aux personnes souhaitant s’engager dans une relation amoureuse au sein de la communauté de se renseigner à l’avance sur les obligations culturelles. Cette connaissance permettrait, selon lui, de maintenir l’harmonie spirituelle et d’éviter les conflits liés à la méconnaissance des coutumes.
Gisèle Bashwira