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Au bout de trois mois de formation technique à l’école du Cinéma dans la capitale Française, la réalisatrice de la ville de Bukavu Sandra Simbakwira a réalisé le court-métrage « Ici c’est Paname ». Projeté ce weekend lors de la soirée danse création ténue au labo Mot’Art, cette pièce rend hommage aux artistes contraints d’évoluer loin des terres nourricières.

Réalisé sous la direction de Kino Bukavu, « ici c’est Paname » plonge dans les évidences auxquelles sont confrontés les acteurs artistiques frappés par la réalité des endroits longtemps illusionnés.

L’intrigue se noue autour d’un visage connu, celui de Blaise Mangi, danseur originaire de Bukavu désormais établi à Paris. Il devient le meneur d’une œuvre où le mouvement du corps traduit l’éloignement. En filmant son ancien collaborateur, Sandra Simbakwira choisit la proximité pour narrer le quotidien d’un artiste en terre étrangère.

Les mouvements du corps et l’histoire de Blaise font voyager entre deux mondes. D’un côté, la majestueuse Tour Eiffel, symbole parisien et d’autre part, la verdure discrète avoisinant son habitation et qui lui rappelle étrangement les paysages africains, sa terre mère.

Ce court métrage chronométré sur onze minutes et demie capture la solitude de l’appartement et la dureté de vie loin de son quotidien.

« L’idée était de raconter une histoire. Et moi, étant nouvelle dans cette ville, je me suis dit qu’il ne fallait pas aller loin. Vu que je connais un ami danseur de Bukavu évoluant à Paris, j’ai raconté sa vie. Pendant que j’échangeais avec lui, je me suis rendu compte que mes attentes face à paris, qui étaient aussi les siennes d’ailleurs étaient différentes de la réalité», confie Sandra Simbakwira.

Le film « Ici c’est Paname »déconstruit les mythes autour de la vie à l’étranger. A travers le parcours du danseur et formateur Blaise Mangi, l’œuvre souligne que la réalité européenne s’éloigne souvent des idées préconçues ou par des images diffusées sur les écrans.

La réalisatrice rappelle avec force que l’exil n’est pas un remède miracle : « L’histoire se déroule dans plusieurs endroits. Par exemple une verdure non loin de chez lui calme qui lui rappelle l’Afrique vu ses ressemblances. C’est des endroits qui lui sont nostalgiques. L’espoir qu’il a d’évoluer comme danseur à Paris et celui de restituer toutes ses opportunités à la disposition des autres jeunes danseurs qu’il a laissé derrière lui ».

Ciblant la jeunesse artistique de Bukavu, le Kino « ici c’est Paname » suppose que la précipitation vers l’étranger peut parfois dégénérer à des regrets. C’est alors qu’elle lance une invitation aux créateurs artistiques locaux à perfectionner leurs talents sur leur propre terre avant de chercher une reconnaissance à l’autre bout du monde.

Pour la responsable de Kino Bukavu, ce projet inscrit sa démarche vers la réalisation du documentaire. « Ici c’est Paname », laisse-t-elle, entendre n’est que le début d’une quête vers un cinéma du réel, capable de raconter les vérités d’ici et d’ailleurs.

Kathia AMINA

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