Chaque 7 juillet, l’humanité célèbre la Journée mondiale de la langue Kiswahili, symbole de la diversité culturelle et du dialogue interculturel. Cette année, le thème retenu était: « Kiswahili, un pont pour la diversité culturelle et le dialogue interculturel ».
À Bukavu, dans la province du Sud-Kivu, à l’Est de la République Démocratique du Congo, cette journée a été célébrée dans un contexte paradoxal : alors même que le swahili est une langue nationale, elle est de plus en plus reléguée au second plan au profit du français, notamment en milieu urbain.
Interrogés, plusieurs habitants déplorent ce recul. Selon eux, la langue Kiswahili est de plus en plus concurrencée par d’autres langues jugées plus valorisantes socialement.
« Il y a des familles nanties qui estiment qu’elles ne peuvent plus parler swahili vu leur statut dans la communauté. Elles préfèrent le français, perçu comme langue de prestige et de réussite », explique Marianna Muhigwa.
Certains enfants n’apprennent presque plus le et certains jeunes le considèrent comme une « langue de honte ».
Pourtant, le swahili reste un outil indispensable de communication et un miroir vivant de l’histoire, de la culture et de l’identité africaine. Son déclin inquiète de nombreux acteurs culturels qui y voient une érosion de la mémoire collective et un risque pour l’unité nationale.
« Le danger est réel, car ne plus parler cette langue creuse un vide identitaire, surtout chez les jeunes générations déjà happées par le français et l’anglais », souligne Anaclete Pilipili.
Les spécialistes estiment qu’il est urgent de valoriser à nouveau le Kiswahili, notamment à travers l’éducation et la transmission intergénérationnelle. Introduire le swahili dans les programmes scolaires, encourager son usage à la maison et dans l’espace public figurent parmi les recommandations prioritaires.
« Le swahili est une richesse inestimable pour l’Afrique. Il véhicule les valeurs, l’histoire et l’identité de plusieurs peuples. Le revitaliser, c’est préserver un patrimoine commun et renforcer l’intégration en Afrique orientale, centrale et australe », renchérit un expert culturel local.
À l’heure où l’unité nationale et l’identité culturelle sont mises à rude épreuve, défendre la place du Kiswahili apparaît plus que jamais comme une nécessité pour Bukavu et pour toute la région des grands lacs africains.
Emmanuela AKONKWA