La cinéaste Dricil Mastaki raconte dans son film « MAKENA » la douleur vécue par les femmes des militaires, souvent oubliées ou abandonnées après la mort de leurs maris tombés au front. Confrontées à l’isolement et à la misère, ces femmes voient leur vie se détériorer, sans que leur détresse n’émeuve la société.
Pour briser ce silence, Dricil Mastaki a choisi le cinéma comme arme. Son film MAKENA, qui signifie « joie » en swahili, met en lumière la souffrance de ces femmes et invite la communauté à leur tendre une oreille attentive.
« L’honneur reconnu autrefois à la femme d’un militaire s’est peu à peu effacé. La mort des maris et le poids de la guerre plongent ces ménages dans le désarroi. Cette réalité m’a profondément marquée, surtout en cette période de crise sécuritaire, et m’a inspiré à réaliser ce film », explique-t-elle.
A travers ce film, j’ai voulu leur donner une voix. Pour elle, l’attention doit être portée sur ces femmes, surtout en ce moment de crise, afin que des solutions durables soient envisagées.
Un projet porté par KINO
La réalisation de MAKENA s’inscrit dans le cadre du projet KINO, une plateforme d’apprentissage et de perfectionnement pour des jeunes cinéastes. Cette troisième édition a été pour Dricil Mastaki une véritable école. Elle y a renforcé ses compétences en scénario, en direction d’acteurs et en techniques de cinéma.
« Grâce à KINO, j’ai acquis une nouvelle vision, notamment dans l’écriture, l’incarnation et la gestion d’une équipe autour d’un projet commun », confie-t-elle.
KINO représente ainsi une opportunité précieuse : il offre non seulement un espace de création, mais aussi un lieu d’échange et de collaboration entre artistes, favorisant l’émergence d’un cinéma engagé à Bukavu.
Quand l’art devient un moteur de changement
Pour Dricil Mastaki, l’art peut contribuer à la guérison des blessures sociales : « La politique n’est pas une solution miracle à tous les problèmes de la société. Le développement ne sera possible que si la culture et l’art sont érigés en priorité ».
À travers MAKENA, la voix des femmes des militaires résonne enfin. Un appel vibrant à la reconnaissance, au soutien et à la solidarité envers celles qui, dans l’ombre des combats, portent elles aussi le fardeau de la guerre.
Christian BUZANGU